Bird Protection Quebec Advocacy

The following are a collection of documents related to BPQ advocacy initiatives.

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22 octobre 2020

Mémoire présenté au BAPE: effets et impacts du projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel par l’organisme
Protection des oiseaux du Québec

Ce mémoire a été préparé pour l’organisme Protection des oiseaux du Québec par Alison Hackney, M. Sc..


Protection des oiseaux du Québec (POQ)

Protection des oiseaux du Québec (https://pqspb.org/) est un organisme à but non-lucratif qui vise à protéger les oiseaux.  Le POQ, fondé en 1917, a toujours été centré sur l’éducation, la conservation et la sensibilisation. Il lutte pour la création de lois protégeant les oiseaux.  L’organisme possède plusieurs sanctuaires afin de conserver les habitats aviaires. Son premier sanctuaire, Ile-aux-Perroquets, date de 1937 et le plus récent, Montée Biggar, a été créé en 2018.  Protection des oiseaux du Québec est préoccupée par les impacts du projet GNL Saguenay sur la faune.

Nous traitons des services écosystémiques, soit les processus ou fonctions écologiques qui procurent un bénéfice monétaire ou non-monétaire.  Ces services peuvent être de soutien (maintien de la biodiversité), d’approvisionnement (nourriture, fibres), de régularisation (séquestration du CO2), ou culturels (spirituels, récréatifs) tel que mentionné par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) (2020) et Şekercioğlu et al (2016).

Les oiseaux et leurs habitats procurent une panoplie de services écosystémiques.  Comme tout autre organisme, chaque espèce est adaptée à un habitat qui lui est propre.  Nous accordons donc une importance autant aux oiseaux qu’à leurs habitats.

Protection de la forêt

Les oiseaux sont plus faciles à observer que la plupart d’autres espèces d’animaux et sont donc d’importants indicateurs environnementaux, barèmes vivants de la santé de l’environnement.  Les données sur leur distribution et les changements d’abondance peuvent contribuer à la planification des mesures de mitigation.

Entre trois et cinq cents millions d’oiseaux de 180 espèces nichent dans la forêt boréale du Québec qui s’étend sur 1,2 million de kilomètres carrés.

La forêt boréale représente le plus important réservoir de carbone terrestre. Cette infrastructure naturelle emmagasine 31 milliards de tonnes de C02  d’après Dupras 2020 et Wells et al 2014.   Les bénéfices de ce service écosystémique dépassent largement les frontières du Canada.

Les oiseaux de la forêt boréale protègent la forêt, tout comme celle-ci leur fournit tout le nécessaire pendant la période de reproduction.  La très grande majorité des oiseaux nourrit ses oisillons d’insectes.  Dans l’état de Washington, le contrôle de la tordeuse des bourgeons de l’épinette par les oiseaux était estimé, au bas mot, à 1,473 $ par kilomètre carré par an. (Şekercioğlu et al op. cit.).

Au Canada, des chercheurs du ministère des ressources naturelles ont conclu que le réchauffement du climat a permis à la tordeuse des bourgeons de l’épinette d’étendre son aire de distribution vers le nord.  Comme l’arrosage d’insecticide est coûteux, il est réservé aux forêts d’intérêt commercial (en 2014, moins de 4 % de la forêt québécoise a été traitée).  Les oiseaux, par contre, ne connaissent pas cette contrainte.  D’ailleurs, ils s’adaptent rapidement aux épidémies : la Paruline à poitrine baie pond plus d’œufs les années de recrudescence de cet insecte ravageur (Buidin, 2015).

L’occurrence des feux de forêt est reliée aux changements climatiques et aux conditions de sécheresse dans les forêts.  La protection de la forêt boréale peut ralentir la progression des changements climatiques et réduire l’incidence de feux sévères.  De plus, Flannigan et al (2020) ont trouvé que la moitié des feux sont d’origine anthropique.  Le développement industriel amène plus de circulation humaine dans la forêt et par ce fait, augmente la possibilité d’incendies.

Le coût des feux de forêt en Californie en 2020 est estimé à plus que 20 milliards de dollars (https://www.nytimes.com/2020/09/16/us/california-fires-cost.html ).  Les oiseaux, donc, contribuent à la protection des « économies de la forêt » qui ont une valeur de 9 B $ (Demers 2018) mais aussi à la sécurité humaine.

Retombées de l’ornithologie amateur

Les retombées économiques de l’ornithologie de loisir au Québec se chiffre à 195 millions de dollars avec 45,7 millions en taxes versé aux deux paliers de gouvernement. Selon le Regroupement QuébecOiseaux (2011), 640,783 ménages observent les oiseaux par plaisir, créant ainsi l’équivalent de 2,600 emplois à temps plein qui permet dans plusieurs cas d’étayer l’économie rurale.  Bien sûr, tous les amateurs d’oiseaux ne se rendent pas dans la forêt boréale; lors de la migration de millions d’oiseaux vers le sud, ces derniers doivent faire escale dans des régions plus habitées.

À titre d’exemple, voici une liste des organismes qui profitent des retombées du Festival de la Migration à l’Observatoire des Oiseaux de Tadoussac:  Municipalité de Tadoussac, Hôtel Tadoussac, Microbrasserie de Tadoussac, Croisières Neptune, Bistro Chez Mathilde, MRC de la Haute-Côte-Nord, Regroupement QuébecOiseaux, Nature Expert et Vortex.

Il y a d’autres événements du même genre : le Festival de l’Oie blanche, et le Festival de l’Oie des Neiges.

De nombreuses espèces migratrices font partie intégrale de la communauté aviaire des pays du sud et y procurent des services écosystémiques « de soutien » telles la pollinisation et la distribution de semences; en effet,  680 millions d’oiseaux de 115 espèces hivernent au Mexique et 1 milliard 150 millions de 66 espèces aux États-Unis (Robertson et al dans Wells et al 2011).  Donc, la portée de la perte d’habitat au Québec dépasse largement nos frontières.

Le déclin des oiseaux

Dans moins de cinquante ans, les effectifs des oiseaux en Amérique du nord ont périclité de dix milliards à sept milliards.  Rosenberg et al (2019) rapportent que plusieurs espèces réputées communes ont subi d’importants déclins: le Geai bleu (perte de 25 %; 15 % de la population niche dans la forêt boréale), le Cardinal à poitrine rose (25 %; 39 % niche dans la forêt boréale), le Bruant à gorge blanche (33 %; 80 %) et le Junco ardoisé (33 %; 80 %) Selon Boreal Songbird Initiative (op. cit.), un tiers des espèces aviaires nord-américaines risque de s’éteindre à moins de protéger ses habitats et contrer les changements climatiques.

Pour assurer la survie des oiseaux nord-américains, cinquante pour cent de la forêt boréale doit être protégée.  L’autre moitié doit faire l’objet d’une planification rigoureuse et conservatrice (Wells et al 2018).

Impacts prévus dans l’étude d’impact environnemental du promoteur

L’étude d’impact donne une cote de « moyenne » à la « composante ‘oiseaux’ « en ce qui concerne la valeur environnementale ».

Il n’y a qu’une seule espèce à statut, la Paruline du Canada, menacée, qui utilise la zone d’implantation de l’usine comme habitat de nidification, bien qu’on y prévoie la perte d’espèces jugées « communes ».  Par exemple, dans la forêt mature de résineux, il peut y avoir perte de 3 à 10 « équivalence couple » de Paruline à poitrine baie et de Paruline tigrée.  Dans les forêts jeunes et mixtes à dominance de résineux, il peut y avoir perte de 13 à 28 couples de Grive à dos olive, 10 à 26 de Paruline à poitrine baie et 0,8 à 5,7 de Paruline rayée.  Cette dernière a connu un déclin fulgurant selon Wells et al (2018), mais n’a pas reçu un statut particulier du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

Les effets probables sur l’avifaune, selon cette étude, sont la perte de l’habitat, le dérangement par le bruit, la lumière artificielle, l’activité humaine ainsi que le risque de collision meurtrière.

Autres impacts

Le site préconisé contribue tel quel à la richesse, la sécurité et au bien-être de la société québécoise.  Nous insistons donc que ces services écosystémiques doivent faire partie de la prise de décision.

Les exigences du ministère de l’environnement du Canada sont claires: «…si le projet s’inscrit dans une série de projets, l’étude d’impact environnemental donnera un aperçu du contexte global …»  et «…doit permettre de cibler les enjeux environnementaux, sociaux et économiques à l’échelle locale et régionale, de même qu’aux échelles nationales et internationales.» ( Table des concordances de l’étude d’impact environnementale (Étude d’impact, p iv)) .

Au mieux, l’impact le plus néfaste du projet sera sa contribution au réchauffement climatique; les GES générés sont évalués à 8 millions de tonnes par Environnement Canada.  Le réchauffement climatique a un impact sur toute la vie de la planète.  Selon le GIEC, le réchauffement est cumulatif et tout effort pour le juguler est nécessaire (op. cit.).

Le Forum Économique Mondial, dans son rapport pour 2020, avertit que la dégradation environnementale est la menace la plus urgente envers l’économie mondiale et supplie les gouvernements d’établir immédiatement des politiques pour mettre fin à la perte des écosystèmes avant la fin de la décennie.

L’usine de liquéfaction n’a pas sa raison d’être sans le gazoduc qui est aussi proposé et vice-versa.  La perte d’habitat engendrée par la construction de l’usine de liquéfaction sera semblable pour le gazoduc avec un ordre de grandeur correspondant.

L’installation de l’usine aura des répercussions permanentes sur 86.47 hectares (GNL Québec Inc 2020).  Si le gazoduc de 780 kilomètres entre la frontière ontarienne et l’usine a une largeur de tracé de 0.5 km, la perte d’habitat s’élève alors à 390 kilomètres carrés : 450 fois plus que la perte causée par l’usine de liquéfaction.

Par exemple, si on perd de 13 à 36 couples nicheurs de Paruline à poitrine baie à cause de l’usine, en contrepartie ce chiffre peut grimper de 5,000 à 16,200 à cause du gazoduc (450 X 36 = 16,200).

En plus de cette perte immédiate des habitats, le réchauffement rend les conditions de vie inaptes pour les espèces boréales autant  végétales qu’animales.  Chaque organisme est adapté à son habitat et ne peut vivre ailleurs.  Par exemple, un oiseau forestier ne s’adaptera pas au milieu champêtre.   Pour plusieurs espèces boréales, dont le Quiscale rouilleux, la Paruline à poitrine baie et la Paruline rayée, leur aire de distribution se rétrécit vers le nord pour éventuellement disparaitre lorsque l’océan pose une limite inéluctable (Wells et al 2018 pp. 10 – 12, op. cit.).

Cependant certaines zones boréales se réchauffent moins rapidement offrent des « refuges climatiques » vers lesquels ces populations d’oiseaux peuvent éventuellement déménager.  Le Québec possède le plus grand nombre de refuges climatiques hébergeant ces espèces en Amérique du nord.  Il est tout de même nécessaire de protéger de très grandes zones de la forêt boréale afin d’assurer des « corridors climatiques » permettant ainsi aux oiseaux d’intégrer ces refuges climatiques sans risquer de se faire coincer ou de se retrouver entourés d’habitats inappropriés.

L’étude d’impact mentionne les « dérangements » pendant la période de construction.  Pour y pallier, on limite les heures de travail entre 7 h et 19 h, on s’assure de maintenir la machinerie en bon état et on avertit les travailleurs du code de conduite à respecter.  Nous sommes en droit de nous demander comment le promoteur entend respecter la  Loi sur la convention des oiseaux migrateurs (https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/protection-legale-oiseaux-migrateurs/loi-convention-reglements.html ) et la Loi sur conservation et mise en valeur de la faune (http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/showdoc/cs/c-61.1 ) interdisant de déranger les oiseaux en période de reproduction qui s’étend de la mi-avril à la mi-août.

Les routes et autres infrastructures développés par l’humain causent nécessairement une fragmentation de l’habitat risquant entre autres, d’entraver le mouvement des espèces boréales vers les refuges climatiques.  Certaines espèces comme la Paruline à poitrine baie ont besoin de grandes étendues ininterrompues d’habitat.

Les chemins aménagés pour la construction et l’accès à l’usine et au gazoduc peuvent entraîner l’incursion de prédateurs et espèces envahissantes végétales et animales, qui perturberont les écosystèmes existants (Wells et al, 2011. op. cit.) et causeront la dégradation des habitats, autre facteur majeur qui met à risque les populations d’oiseaux.

L’étude d’impact accorde une importance particulière aux espèces à statut, conformément aux exigences de la Loi sur les espèces en péril (https://laws.justice.gc.ca/fra/lois/S-15.3/ ).  De nombreuses espèces d’oiseaux qui n’ont pas ce statut ont connu d’importants déclins (Rosenberg et al, op.cit);  on n’a qu’à penser au Bruant à gorge blanche.  Il est essentiel de considérer les répercussions cumulatives du projet d’usine de liquéfaction et ses projets associés sur toutes les espèces d’oiseaux.

Le GIEC (op. cit.) avertit que le niveau des mers s’élèvera avec le réchauffement climatique, imputable, on le sait, aux émissions des gaz à effet de serre.  En effet certaines régions du Québec ont déjà subi des inondations d’une ampleur jamais vue  si bien que le gouvernement a crée des Zones d’intervention spéciale à certains endroits.   L’élévation du niveau des mers risque de faire rétrécir les haltes migratoires fréquentés par les oiseaux de rivage, dont les populations ont diminué de quarante pour cent (Initiative de conservation des oiseaux de l’Amérique du Nord (Canada). 2019).   Plusieurs aires de repos importants pour ces oiseaux se trouvent au Saguenay (Annexe 1, compilation de données d’eBird).

L’étude d’impact du promoteur ne soulève aucunement la question de zoonoses (maladies qui se transmettent des animaux aux humains).  Le 7 août 2020 sur les ondes de RDI, on a rapporté que 75 % des maladies émergentes sont reliées à la déforestation et aux changements climatiques.  Dans le contexte actuel où une pandémie ébranle la société mondiale, il serait opportun d’en prendre conscience et d’agir en fonction de la santé globale.  Par exemple depuis 2003 au Québec  la maladie de Lyme est une maladie à déclaration obligatoire (MADO; Ministère de la santé du Québec).

UN CADRE DÉCISIONNEL ADAPTÉ À LA RÉALITÉ

Témoin des pressions industrielles sur la forêt boréale, un comité sénatorial canadien a déclaré qu’elle est « assiégée ».  Mille cinq cents scientifiques ont signé une lettre priant les chefs des gouvernements canadiens de reconnaître la valeur de la forêt boréale pour notre survie et d’en protéger la moitié, tout en planifiant de façon serrée la survie du reste.  Ceci permettra de mieux coordonner les projets de développement qui peuvent, par exemple, partager des chemins d’accès (Wells et al, sans date :  https://www.borealbirds.org/sites/default/files/publications/Framework-FR.pdf  ).

Est-ce possible de compenser la perte permanente d’importants services écosystémiques que ce soit la régularisation de la température et les niveaux des eaux, ou le maintien de la biodiversité?

Il existe de nouvelles façons de valoriser notre environnement et de nouveaux cadres pour évaluer ces services écosystémiques, leur contribution socioéconomique et le coût de leur disparition.

L’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (ÉM) est un programme international conçu pour répondre aux besoins des décisionnaires et du public en matière des changements que subissent les écosystèmes pour accommoder le bien-être humain et les possibilités de réagir à ces changements  (https://www.millenniumassessment.org/fr/index.html ).

L’ÉM a inspiré le projet Natural Capital de l’Université Stanford (https://naturalcapitalproject.stanford.edu/ ) un système informatisé pour dresser  le bilan de tous les services écosystémiques d’un habitat, d’une espèce ou d’une région.  La «Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques » (IPBES) a été  conçue sur le modèle désormais célèbre du GIEC, le groupe des experts sur le climat, pour aider les décisionnaires à établir la valeur de la nature, que ce soit monétaire ou autre.

Plus d’une trentaine de compagnies a endossé le concept de la protection de 50 % de la forêt boréale et du développement coordonné de l’autre moitié. (https://www.borealbirds.org/50-50-approach-boreal-conservation ).

Il existe, aussi, des accords internationaux pour la conservation environnementale.  Récemment, le premier ministre Trudeau a adhéré au Pacte des dirigeants pour la nature (Leaders’ Pledge for Nature) des Nations Unies et le ministre canadien de l’environnement s’est joint à la High Ambition Coalition : (https://www.campaignfornature.org/high-ambition-coalition ).

Conclusion

Le Québec n’a toujours pas atteint les cibles qu’il s’était fixées pour la protection des milieux naturels, la réduction des gaz à effet de serre et la conservation de la biodiversité.  Les services écosystémiques que nous procure la forêt boréale ont une telle valeur qu’il est impératif de les comptabiliser afin d’éclairer les prises de décision qui concernent leur survie.

Remerciements

Wayne Grubert, Betsy McFarlane et Michel Préville ont fourni des informations indispensables.  Kristen Lalla, Anne Stratford et Françoise Barré ont aidé à la rédaction.  Chuck Kling nous a gracieusement permis d’utiliser ses photographies.

REFERENCES

Buidin, Christophe, Les oiseaux contre-attaquent, QuébecOiseaux automne 2015

Demers, Jacques, 2018.  De l’industrie forestière aux « économies de la forêt ».  (https://www.lesoleil.com/la-vitrine/association-forestiere-des-deux-rives/de-lindustrie-forestiere-aux-economies-de-la-foret-a08c3571780fa85def5eb2733b2a5496)

Dupras, Jérôme, 2020, Les infrastructures naturelles, moteur économique et d’adaptation à la crise climatique, le Soleil, 4 septembre 2020

eBird.org (page web consulté entre le 16 et 20 octobre 2020)

Initiative de conservation des oiseaux de l’Amérique du Nord (Canada). 2019. L’état des populations d’oiseaux du Canada, 2019. Environnement et Changement climatique Canada, Ottawa, 12 p. (www.etatdesoiseauxcanada.or )

Forum économique mondiale (https://www.weforum.org/reports/the-global-risks-report-2020 )

Flannigan et al, 2020  (https://sites.ualberta.ca/~flannigan/climatechange.html)

GIEC, 2019  (https://www.ipcc.ch/sr15/mulitimedia/worlds-apart/  (consulté le 16 octobre 2020)

Regroupement QuebecOiseaux, 2011, Analyse de retombées économiques selon les dépenses liées à la pratique de l’ornithologie : projection sur la population québécoise, CFM Stratégies, 2011.

K.V.Rosenberg et al, 2019, Decline of the North American Avifauna, Science10.1126/science.aaw1313

Santé Québec (https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/maladie-de-lyme/ ; consulté le 16 octobre 2020)

Şekercioğlu,Çağan H., Daniel G. Wenny , et Christopher J. Whelan, éditeurs, 2016: Why Birds Matter, University of Chicago Press.

Wells, Jeffrey V., éditeur, 2011. Boreal Birds of North America: A Hemispheric View of Their Conservation Links and Significance.   Cooper Ornithological Society.  University of California Press.

Wells, J., D. Childs, F. Reid, K. Smith, M. Darveau, and V. Courtois. 2014. Boreal Birds Need Half: Maintaining North America’s Bird Nursery and Why it Matters. Boreal Songbird Initiative, Seattle, Washington, Ducks Unlimited Inc., Memphis, Tennessee, and Ducks Unlimited Canada, Stonewall, Manitoba

Wells, J., D. Stralberg, et D. Childs. 2018. La forêt boréale comme refuge : La conservation de la crèche des oiseaux d’Amérique du Nord dans le contexte des changements climatiques, Boreal Songbird Initiative, Seattle, WA (https://www.borealbirds.org/sites/default/files/publications/la-foret-boreale-comme-refuge.pdf )

Wells et al, (sans date) Vision pour la conservation de la forêt boréale du Canada (https://www.borealbirds.org/sites/default/files/publications/Framework-FR.pdf )

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27 January 202 1

Hon. John Belvedere
Mayor, Pointe Claire, Québec

Dear Mayor Belvedere,

We write to express our concern for the impending destruction of the woodlands adjacent to the
Fairview Mall known as the Fairview Forest.

As reported in The Globe and Mail (8 December 2020), Cadillac Fairview has described the area as ‘empty land’. The description is not only inaccurate, but it perpetuates the all too common impression that land not under commercial development is ‘empty’ or ‘vacant’. This heavily wooded area contains over 400 mature hardwood trees, some over 100 years old (Duval 2005). The forest hosts at one or another season many different species of birds, along with a variety of mammalian and reptilian life. It is a small but integral part of a rapidly disappearing area of undeveloped, natural lands in the West Island. It is far from empty or vacant. A ccording to eBird data (ebird.org; a citizen science platform for birdwatchers to record their observations), 335 species of birds have been recorded in Montreal https://ebird.org /region/CA QC MR?yr=all ). In the nearby Terra Cotta Park, 113 bird species have been recorded
https://ebird.org/hotspot/L3684644 ), and we suspect that a similar bird biodiversity can be found in Fairview Forest.

Despite the heroic efforts of the Plante administration in saving L’Anse à l’Orme from development, connection of the REM to Trudeau Airport will bring further destruction to the unique Technoparc wetlands, while the completion of the Tur cot Interchange threatens to cut an additional 400 or so mature trees on the Falaise Saint Jacques . Though Montreal may boast the largest urban park in Canada, there is relatively little untouched forested space left, and any
remaining forest on the island of Montreal should be preserved.

A healthy woodland has a diversity of species, so that if one species contracts a disease like the emerald ash beetle, others may still thrive. Its trees are most ly native species which naturally adapt best to the local conditions, and they are of various ages so that the forest is constantly being replenished. A healthy forest also has ample ground cover and shrubbery which provides additional shelter and food for birds and animals. Its older trees have cavities which shelter avian species like owls, woodpeckers, and nuthatches along with chipmunks, squirrels and raccoons. When the old trees die and are left on the ground to decay, they provide nourishment for insects, birds, mammals and the soil itself. Finally, a healthy woodland has few paths or edges cut through it, as these pathways make it easier for predators to find their prey.

By these criteria many of Montreal’s remaining woodlands do poorly. The ash borer has destroyed, or caused the cutting, of thousands of ash trees throughout the Island, especially in popular woodlands like Parc nature du Bois de Liesse and Parc nature du Cap Saint Jacques. The beech bark disease has destroyed most of the beeches in th e Morgan Arboretum and elsewhere. Hydo Québec has cut wide swathes though woodlands like Bois de Liesse to facilitate access to power lines. Numerous developments have created new edges, exposing birds and mammals to predation.

Perhaps most visibly of all, non native, invasive plant species have taken over the forest floor of much of our woodlands and rendered them largely unusable to many plants and animals. Phragmites those thick, fuzzy fronds carpeting the roadside crowd out all other plants and are inhospitable and impenetrable to most wildlife. The large woodland tracts at, e.g., Cap Saint Jacques, Bois de Liesse, and L’Île Bizard are now heavily carpeted with buckthorn shrubs and Norway maple seedlings. Non native invasive species are generally d etrimental to ecosystems and diminish biodiversity by crowding out native species.

In its undeveloped state, the Fairview Forest is of the few remaining woodlands on the entire Island. Since it is untouched, it hosts a wide and useful diversity of native plants, birds and other wildlife; it has not been ‘managed’ by civic authorities or developers.

Woodlands in or near urban areas remain essential for a region’s environmental health. In an annual cycle in the Montreal area, woodlands host and shelter man y species of birds, along with numerous kinds of mammals, reptiles and amphibians, butterflies, and bees. Woodlands help control flooding T hey replenish the air by taking in CO 2 and producing oxygen. They serve as essential windbreaks and noise barriers t o the major highways which now surround them. They help mitigate heat in the summer in an otherwise developed area. Their welcoming spaces offer so much benefit to human physical and mental health and should be designated essential going forward. The Fairview woodland also hosts a wetland that increases its ability to provide ecosystem services, such as further improving flood mitigation.

Bird Protection Quebec is a non profit organization over 100 years old with three major goals: bird conservation, educating the public about the importance of birds, and observing birds. In many cases, bird conservation means protecting the land that birds need to fulfil their needs, such feeding and breeding, as is the case with the proposed development of the Fairview Forest. We recognize that Pointe Claire has done a lot to preserve natural areas and encourage biodiversity within the City, and we believe that there is more to be done.

Ironically, the more the region grows, the more it needs its woodlands. We ask that you recognize the value of this forest and protect it from all future development.

With thanks for your attention,

Simon Duval
President
Bird Protection Quebec

Kristen Lalla
Chair, Conservation Committee
Bird Protection Quebec

Reference
Duval, Pierre. 2005. Annexe 2: Inventaire forestier. Ville de Pointe Claire. https://www.pointeclaire.ca/content/uploads/2016/04/PC 2787_Re glement_sur_les_PIIA_Annexe_2 6.pdf

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Montréal, le 27 janvier 2021

Monsieur le Maire DeSousa,

Au nom de Protection des oiseaux du Québec, le plus ancien organisme de bienfaisance dédié à l’ornithologie au Canada, qui a aujourd’hui plus d’un siècle d’existence, nous vous écrivons afin d’exprimer notre inquiétude et de solliciter votre intervention pour la protection des zones humides et des forêts menacées, situées sur le site du Technoparc dans l’arrondissement Saint-Laurent. Il s’agit plus particulièrement des zones communément appelées ‘EcoCampus Hubert Reeves’ et ‘Marais Ipex’ (voir ce lien pour une carte détaillée des milieux humides en question: https://www.facebook.com/groups/TechnoparcOiseaux/permalink/1174689882887343).

Comme vous le savez certainement, l’ensemble des milieux humides du Technoparc constitue un habitat unique et exceptionnel en biodiversité sur l’île de Montréal. Pour ce qui est de la faune aviaire, 183 espèces d’oiseaux y ont été observées en 2020 seulement, incluant plus de 80 espèces nicheuses (données ebird.org). On y compte notamment deux espèces menacées dont la nidification a été confirmée au cours des trois dernières années: le petit blongios et la grive des bois. Le petit blongios (lxobrychus exilis) en particulier est une espèce considérée vulnérable en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du Québec (E-12.01), désignée menacée par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) et figurant également à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du Canada (SARA). La grive des bois (Hylocichla mustelina) est quant à elle désignée menacée par le COSEPAC.
Plusieurs autres espèces menacées ou vulnérables utilisent également ce secteur comme halte migratoire ou site d’hivernage, notamment l’engoulevent bois-pourri, la sturnelle des prés, et l’hirondelle rustique qui y niche également, pour n’en citer que quelques-unes.
Perdre ces milieux et les espèces qui en dépendent serait une immense perte pour la biodiversité régionale. De telles zones humides sont en train de disparaître partout au Québec et plus encore dans la région de Montréal. Ce territoire est précieux, tout particulièrement pour les Montréalais car il abrite sans doute la plus grande biodiversité aviaire sur l’île de Montréal.
C’est pourquoi, depuis plusieurs années, Protection des oiseaux du Québec s’est engagé à agir pour protéger les milieux humides du Technoparc et à collaborer avec tous les acteurs concernés pour y parvenir.
Ainsi, nous tenons à souligner que les efforts menés au cours des dernières années ont conduit à des succès certains, notamment la création du Parc écologique des Sources sur les terrains de l’Aéroport de Montréal (ADM), grâce au partenariat entre l’ADM et le groupe TechnoparcOiseaux.

Cependant, force est de constater que beaucoup reste à faire. En effet, les dernières années ont été marquées par la destruction d’une partie des milieux humides et la coupe de plus de 3 000 arbres dans la zone ‘Eco-campus Hubert Reeves’. Bien documentés par le groupe TechnoparcOiseaux, les travaux menés dans ce secteur ont eus des impacts majeurs sur l’intégrité écologique du secteur. Toutefois, il existe encore de riches milieux à protéger, et ceux-ci nécessitent des actions urgentes afin de les protéger adéquatement.

Une demande d’injonction a été déposée et est toujours en cours d’examen. Cette demande s’appuie notamment sur les rapports de deux biologistes renommés, le Dr Rodger Titman de l’Université McGill et Kim Marineau, M. Sc. biologiste, consultante environnementale de l’entreprise Biodiversité Conseil, qui ont analysé les études environnementales commissionnées par les promoteurs du Technoparc pour l’obtention des permis nécessaires
Ces analyses ont notamment conclu que « les études écologiques fournies par le promoteur en vue de l’obtention de certificats d’autorisations pour remblayer les milieux humides d’importance régionale manquaient de rigueur en ce qui a trait a  l’effort d’inventaire, aux moments choisis pour effectuer ces inventaires ainsi qu’aux méthodologies utilisées ». Marineau précise : « Bien que présenté comme un projet écologique, on reste dans un projet de développement d’un parc industriel standard (et non réalisé en respect des milieux naturels présents) ou  il y a un projet de bâtiments sur un terrain occupé par des milieux humides qui seront en grande partie détruits pour être remplacés par des bâtiments, stationnements et aménagements paysagers ».

Les rapports sont accessibles aux liens suivants : rapport de Kim Marineau (PDF) : http://bit.ly/2Tv4D8J, rapport de Rodger Titman, Ph.D. (PDF) : http://bit.ly/2tr1VGF.

Si les développements dans l’Eco-campus ont été destructeurs, nous souhaitons également aujourd’hui attirer votre attention sur des développements récents et inquiétants qui ont été effectués dans les zones humides du ‘Marais Ipex’. Plus précisément, au début du mois de septembre 2020, après la fête du Travail, des travaux ont été effectués sur les lots 2153037 et 2153039. Ces terrains appartiennent à la société Holding Monguard. Les travaux consistaient, en apparence, en un aménagement paysager et à préparer le terrain pour l’éventuel remblayage d’une partie d’une zone humide. Du sable a été déversé directement dans un sous-bois, étouffant la végétation, et une large voie d’accès a été ouverte dans une zone en régénération végétale. De plus, un monticule de sable a commencé à se déverser dans le ruisseau qui relie l’étang au Héron et le marais Ipex (photos disponibles sur le site TechnoparcOiseaux). Les conséquences sur la faune et la flore ont été notables, affectant notamment les oiseaux au moment critique de leur migration automnale. Ces travaux effectués sans aucune préoccupations environnementales soulèvent des inquiétudes majeures quant aux impacts sur les milieux humides adjacents.

Ces inquiétudes ont été communiquées aux autorités compétentes de l’arrondissement Saint-Laurent, de la Ville de Montréal et du Gouvernement du Québec. Cependant, les demandes d’information quant à la nature exacte des travaux et les certificats d’autorisation obtenus pour les mener ont à ce jour restées sans réponses claires, renforçant d’autant les inquiétudes sur les impacts de ces développements sur le riche et sensible secteur Ipex.

Au vu des constats précédents, il nous apparaît que les milieux humides du Technoparc, notamment du secteur de l’écocampus Hubert Reeves et du marais Ipex sont menacés par les travaux actuels et que des interventions sont nécessaires afin d’assurer leur conservation.
Ainsi, en vertu de la loi sur la Qualité de l’environnement (notamment Art 19.1), de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables, de la Loi sur le Développement durable (Art. 6), de la Charte des droits et libertés (Art. 46.1) et de la Convention des Nations Unies sur la conservation de la diversité biologique, nous vous demandons d’agir sans tarder pour assurer la protection des zones humides et des forêts menacées, et en particulier le marais Ipex.
Conscients que la gestion et la conservation de la faune sauvage sont des responsabilités partagées entre les différents paliers de gouvernement (fédéral, provincial et municipal), nous vous invitons à collaborer avec les acteurs concernés afin de protéger les multiples habitats naturels du Technoparc.
Nous avons pris contact avec la Ville de Montréal, l’arrondissement de Ville Saint-Laurent et le Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques pour partager notre analyse de la situation et leur demander d’agir.
En tant qu’organisme de charité qui fonde ses actions sur les données scientifiques, collaborant étroitement avec Conservation de la Nature Canada et Oiseaux Canada dans notre travail de conservation des oiseaux et de leurs habitats, Protection des oiseaux du Québec est en mesure de mobiliser une vaste palette d’expertises pour appuyer les efforts de conservation. Nous sommes disposés à collaborer avec votre ministère, les gouvernements provinciaux et municipaux, les groupes de conservation ainsi que les promoteurs, afin de limiter les impacts négatifs de projets de développement comme le Technoparc et d’assurer un résultat optimal pour la faune.
Nous vous remercions de vos efforts pour assurer la conservation de cet habitat unique sur l’île de Montréal et de sa faune.

Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’assurance de notre considération distinguée.

Simon Duval
Président
Protection des oiseaux du Québec

Kristen Lalla
Présidente, comité de conservation
Protection des oiseaux du Québec